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MAISON FABRE

MILLAU, AVEYRON, FRANCE

Nous retournons pour la seconde fois en Aveyron. Cette fois-ci c’est dans le centre-ville de Millau que nous sommes attendus. Au cœur de la vieille ville, une maison de maître se dresse, reconnaissable à sa façade rouge.

 

La Maison est née en 1924, lorsque Etienne Fabre, arrière-grand-père des dirigeants actuels, monte son atelier de ganterie dans la demeure familiale. À l’époque, 67 ateliers de ce type sont présents à Millau. La région est reconnue pour ces manufactures de cuir, en raison d’un nombre important d’élevages de brebis, destinés à la fabrication du roquefort. Les peaux sont donc récupérées, tannées en mégisserie, puis travaillées dans un périmètre restreint, faisant ainsi marcher l’économie de toute la région aveyronnaise depuis le Moyen Âge.

 

En entrant dans le bâtiment, nous sommes instantanément attirés par l’escalier qui nous fait face, descendant vers l’atelier. Plusieurs bâtiments s’articulent autour d’une cour centrale arborée. Autrefois les ouvriers s’affairaient dans chaque aile du bâtiment, en étant répartis par pôle. Aujourd’hui il n’y en a plus qu’une seule utilisée pour la fabrication des gants.

– COUPE –

Dès l’entrée de l’atelier nous rencontrons Victor, jeune Compagnon du Devoir sellier maroquinier effectuant son tour de France. Il a été formé pendant plusieurs mois par l’ancien coupeur, Christian, désormais à la retraite. La matière a un rôle très important dans la ganterie, elle doit être suffisamment souple pour assurer un maximum de confort, sa préparation demande donc une réelle maîtrise du geste.
Debout devant son établi en bois patiné par le temps, il commence par humidifier la peau à l’aide d’une brosse, puis la tord, la tire pour l’assouplir. Il découpe un premier rectangle de cuir, l’étire à nouveau, place le gabarit en dessous, puis tape avec la paume de la main afin de marquer l’empreinte.
Afin d’avoir la même nuance de couleur, la partie du pouce est intégrée dans le même morceau de cuir.

 

La ganterie nécessite d’utiliser des peaux fines et souples, principalement de la chèvre ou de l’agneau, mais également des cuirs plus spécifiques tels que le pécari, ou des peaux exotiques comme le crocodile ou le python. Le placement est également important par rapport à l’épaisseur de la peau. Pour les modèles femmes, le coupeur privilégie l’arrière de la bête, appelée la culée, car la peau y est plus fine. À l’inverse, les modèles hommes sont coupés près de la tête, c’est-à-dire vers le collet, pour avoir une peau plus épaisse.
Lorsque la dimension est atteinte, que l’empreinte du gabarit est suffisante, que la taille est marquée à la craie sur l’envers, Victor rassemble les pièces deux par deux, face contre face, pour l’envoyer à l’étape suivante avec les fourchettes, et autres garnitures.

 

– PRESSE –

La presse trône fièrement au milieu de l’atelier, elle semble avoir toujours été là. Dès son démarrage, on entend un son lent et régulier à travers tout l’atelier. Pour chaque modèle, pour chaque taille, il y a un calibre, c’est-à-dire un emporte-pièce en métal permettant de couper le gant. Des étagères en sont remplies autour de la presse, il y en a jusque sur les murs de l’atelier.

La première étape est de poser le calibre adapté sur la table, puis d’y placer les deux pièces de cuir face contre face, avant d’ajouter une plaque épaisse au-dessus, permettant de maintenir l’ensemble et d’accentuer la pression de la machine. Un anneau est fixé en bas de chaque calibre, permettant de les glisser sous la presse, et de les retirer en toute sécurité. Deux ou trois mouvements sont nécessaires pour que les pièces soient bien coupées.

Après la coupe, en fonction du modèle, c’est l’étape de la broderie. Réalisée à la main ou à la machine, cela revient à réaliser les coutures sur le dos de la main et ainsi, leur donner du relief. Pour d’autres modèles, principalement pour les femmes, c’est à ce moment que sont posées les garnitures ou autres fantaisies (pompons, nœuds…).

 

– PIQUÉ ANGLAIS –

Nous arrivons ensuite près de la machine qui fait la spécificité de la Maison, la machine à piqué anglais. Nous rencontrons Stéphanie, une jeune américaine, responsable de l’atelier depuis plusieurs années. Cette technique de couture spécifique aux gants millavois, pratiquement disparue de nos jours, est reconnaissable par ses points, ressemblants à un point chaînette, assurant la solidité des assemblages.

Elle commence par coudre la pièce du pouce, à 1 mm du bord et l’assemble au reste du gant. Elle vient par la suite placer les fourchettes, ou entredoigts, qu’elle coud sur la face intérieure du gant. Elle vient ensuite placer les carabins, petites pièces de cuir triangulaires entre chaque doigt, étudiés spécialement pour donner plus d’aisance aux clients.

Nous sommes comme hypnotisés, essayant de saisir chaque geste. Il n’y a aucun repère pour la piqueuse, malgré la souplesse de la matière, elle place et assemble les éléments à l’œil, par habitude.
Une fois le piquage terminé, elle place un fuseau à l’intérieur du gant, c’est-à-dire un outil en bois ressemblant à une pince, lui permettant de vérifier son travail.

Les coutures de chaque paire de gants sont garanties à vie, assurant ainsi la qualité et le savoir-faire de la Maison.

– DOUBLURE –

Une fois l’assemblage de l’extérieur terminé, chaque paire de gants est doublée en soie ou en cachemire. La doublure est d’abord placée sur une forme de main en bois, afin d’encoller les extrémités des quatre doigts à l’aide d’un pinceau. Le corps du gant est par la suite enfilé sur la doublure, puis tiré pour bien le placer. L’opération est répétée pour le collage du pouce, placé à l’intérieur du corps grâce au fuseau. Aucun point de couture n’est nécessaire à cette étape. Pour finir, la partie de la doublure en surplus est coupée puis collée à l’entrée du gant.

– FINITIONS –

Afin de terminer l’entrée du gant, le bord est remplié. Une garniture est posée le long de la fente, en bord anglais, puis l’ensemble est piqué à la main ou à la machine.

La touche finale est de placer les gants terminés sur les mains chaudes en métal, alignées au fond de l’atelier, afin de les plaquer et de défroisser la matière.

 

À sa création en 1924, Etienne Fabre ne fabriquait que des gants blancs.
Désormais, en plus de ses modèles classiques, Maison Fabre se diversifie et propose un large panel de produits. Ils proposent par exemple des modèles en lapin ou en mouton retourné piqués à la main, permettant de contrer le froid hivernal, ou encore des mitaines en crochet, pour un style plus sport.

Depuis les années 50 et la direction de Rose, la Maison a également gravité dans l’univers de l’Art et du Cinéma. Ils ont fabriqué notamment les gants de Louis de Funès dans la Folie des Grandeurs, redonné vie aux gants magiques de la Belle et la Bête de Jean Cocteau, ou encore réinventé le gant parfumé de Marie Antoinette présenté à Versailles.
Et plein d’autres projets sont encore en réflexion…

MAISON FABRE

MAISONFABRE.COM

– QUELQUES DATES –

En 1924, création de la ganterie par Etienne Fabre dans la maison familiale.

Après la Deuxième Guerre, reprise de la société par les grands-parents, Denis & Rose.

Au début des années 50, la Maison compte 350 employés – Installation dans l’atelier actuel.

Perte des marchés administratifs en 1995 qui engendre la fermeture de l’atelier de Millau.

Nouvelle impulsion en 2001 avec l’arrivée d’Olivier Fabre : début des collaborations avec des créateurs (Claudie Pierlot, José Levy, Sébastien Meunier… ).

L’atelier de Millau ouvre à nouveau ses portes en 2002.

Présence dans les grands magasins à partir de 2006 (Le Bon Marché, Galeries Lafayette Haussmann…)

Ouverture de la boutique Palais Royal en 2008.

En 2013, la Maison obtient le label EPV (Entreprise du Patrimoine Vivant)

– VIDÉO –