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BLEU DE CHAUFFE

SAINT-GEORGES-DE-LUZENÇON, AVEYRON, FRANCE

Après de longues heures de route sous une pluie battante, nous découvrons la vallée de Millau. Plutôt habitués aux paysages de bord de mer, nous sommes tout de suite sous le charme. Avant d’arriver à destination, nous passons au pied du fameux viaduc, l’architecture est impressionnante.

À l’entrée du village nous prenons une petite route, aucun panneau n’indique la présence de l’atelier… On tourne un peu… on fait demi-tour… On décide de s’arrêter devant un bâtiment qui nous semble correspondre à l’idée qu’on s’en était fait, un peu au hasard. Notre intuition a été bonne, nous sommes accueillis par Thierry Batteux et Alexandre Rousseau, les deux fondateurs de la marque Bleu de Chauffe. Chacun a un rôle bien défini, mais on ressent une passion commune lorsqu’on les entend parler de leur atelier. Ils nous expliquent que c’est un peu par hasard qu’ils se sont retrouvés à Millau. Cherchant des ateliers de maroquinerie en France, ils se sont d’abord intéressés à la région choletaise, pour finalement s’orienter vers l’Aveyron suite à leur rencontre avec Julien Hanchir. C’est ensemble qu’ils ont décidé de s’installer dans le bâtiment que nous découvrons aujourd’hui.

Nous sommes tout de suite dans le bain, la visite commence. Nous suivons donc nos guides jusqu’au stock de cuir au fond de l’atelier.

– LES CUIRS –

La marque est connue pour utiliser exclusivement du cuir tanné végétal, un procédé sans chrome, se servant d’éléments naturels, notamment d’écorces, pour traiter et colorer les peaux, gardant leur aspect transparent et naturel. D’un aspect brut, leurs couleurs peuvent être nuancées. Les cuirs ne sont pas recouverts, ils ont conservé leurs irrégularités et leur veinage, mais c’est ce qui fait leur charme. Toutes les peaux proviennent de tanneries françaises, Arnal près de Rodez et Mazur à proximité de la frontière belge.

Trois types de cuir provenant de bovins sont utilisés dans la confection des modèles de la marque. Le corps du sac est coupé dans ce qu’on appelle des bandes ou du double croupon. Les produits n’étant pas doublés, les peaux ne sont pas refendues, et doivent donc conserver une certaine épaisseur. Cela oblige également le tanneur à travailler sur la partie chair du cuir, c’est-à-dire sur l’envers, afin de lui apporter une finition soignée tout en conservant son aspect naturel.
Pour les éléments tels que les bandoulières, les pattes, ou les brides, ils utilisent du collet. Ce cuir est plus épais, et surtout plus rigide afin que ces empiècements conservent leur forme et leur fonction sans risque.

– LES TEXTILES –

Pour les pochettes ou les pattes d’épaule, Bleu de Chauffe utilise du feutre, un textile non-tissé à base de laine, relativement épais pour assurer le confort ou la protection du matériel. Une nouvelle fois, la marque se fournit auprès d’un spécialiste français se trouvant en Normandie.
Ils font appel à un autre fabricant normand pour les toiles de coton utilisées pour des produits plus casuals.
Les toiles waxées proviennent elles d’Angleterre. Il s’agit de toiles enduites leur permettant d’être résistantes et imperméables. La société British Millerain est spécialisée dans ce type de produit depuis plus de cent ans et fournit également de grandes maisons de luxe.

– FABRICATION –

Nous sommes ensuite présentés à Bruno, le coupeur. Aux manettes de sa presse, c’est lui qui analyse le cuir, ses défauts et choisi le placement des couteaux. La peau ayant été traitée de manière naturelle, sans artifice, le pourcentage de perte est relativement important. Après avoir travaillé plusieurs années en tannerie près de Millau, on perçoit l’oeil avisé de Bruno qui ne laisse passer aucune imperfection.

Lorsque nous rentrons dans la deuxième partie de l’atelier, nous sommes surpris d’y trouver en majorité des jeunes femmes, pour la plupart issues des Compagnons du Devoir. À l’opposé des théories du fordisme, chaque artisan conçoit ses produits de A à Z. Il y a donc du mouvement dans ce petit espace. Elles passent d’une machine à coudre à la table de collage avec leurs articles dans les bras ou dans des caisses. Cette organisation évite aux artisans d’avoir des gestes répétitifs, qui pourraient devenir lassants ou provoquer des problèmes de santé. Cela leur permet de maîtriser chacune des étapes, mais également de leur procurer une certaine fierté en confectionnant du début à la fin des produits de qualité. Chaque produit est d’ailleurs signé par son fabricant.

Ils sont entre 10 et 15 à l’atelier pour assurer la totalité de la production. Nous rencontrons Mélanie, ici depuis un peu plus d’un an, en pleine production d’une série de porte-monnaie Pognon. Elle commence par assembler les deux morceaux de cuir extérieur et le zip métal, avant de passer au collage des éléments intérieurs. Elle retourne à la machine pour piquer les quatre épaisseurs de matière, puis ponce la tranche bord franc, pour enfin la teinter à l’aide d’un pinceau. Malgré son jeune âge, on sent la maitrise du geste et la passion pour un travail manuel et délicat.

– INSPIRATION –

Bleu de Chauffe puise son inspiration des sacs de métier, le workwear vintage, retranscrit pour nos besoins modernes, et retrouvant la durabilité des produits d’antan. Tout est étudié, réfléchi, chaque détail est induit par sa fonction, il n’y a rien de superflu.
Sur le sac Postier par exemple, Alexandre nous explique que les brides sur le côté ne servent pas simplement à habiller le modèle ou régler son volume, mais également à soulager les coutures lorsque le sac est chargé. Le sac Charles avec son fermoir tourniquet est inspiré des sacs de docteur. Il possède une poignée gendarme lui assurant une grande solidité. Le sac à dos Woody et son empiècement cuir en losange rappelle les sacs d’alpiniste auxquels les grimpeurs attachaient leur piolet.

Le logo n’est pas directement affiché sur les modèles, vous reconnaitrez la marque grâce au style affirmé, mais également aux accessoires métalliques tous personnalisés. Le rivet en laiton et résine que vous retrouvez discrètement sur le côté du sac Postier par exemple s’inspire des robinets anciens, avec leurs boutons en céramique.

Chaque produit a son histoire, ses caractéristiques techniques, mais la matière également. Au fond de l’atelier, nous apercevons sur une table des sacs à dos en cours de fabrication. La toile kaki retient notre attention, elle a un aspect si particulier, un effet un peu patiné, nuancé. On nous explique que pour ce sac ils utilisent de la toile rééditée à l’origine pour la restauration de Jeep de l’armée américaine. « La seule chose que le fournisseur n’a pas réussi à recréer c’est son odeur si particulière» nous dit Alexandre en souriant.

– AUJOURD’HUI –

En 2015, la marque a produit environ 11 000 pièces, dont 60% étaient destinés à la France.
À l’export, les destinations principales sont les États-Unis, la Corée, la Chine et l’Allemagne.
La majorité des produits vendus actuellement concerne les modèles masculins. Depuis plusieurs saisons, la marque développe son offre femme à l’attention d’une consommatrice à la recherche d’authenticité.
Les gammes cuir sont vendues majoritairement en hiver, la marque souhaite donc enrichir sa gamme toile pour la saison d’été notamment.

– À VENIR –

Les premières pierres seront bientôt posées pour le nouveau bâtiment non loin de là, qui accueillera dès le printemps prochain l’atelier et le show-room. Une construction en bois et métal adaptée à leurs besoins et leur volonté de développement.
Un service de personnalisation sera bientôt disponible sur le e-shop. Vous pourrez ainsi faire graver vos initiales à l’intérieur de votre sac.
À venir également, une collaboration Olympus X Bleu de Chauffe afin de développer une nouvelle gamme d’accessoires autour de la photographie.

Marion & Quentin

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